Visite du président Emmanuel Macron à Salzbourg (23.08.2017) [de]

Lors du sommet de Salzbourg mercredi 23 août, le président Emmanuel Macron a rencontré le chancelier Christian Kern, le Premier Ministre tchèque Bohuslav Sobotka et le Premier Ministre slovaque Robert Fico.

JPEG - 215.6 ko
Le Premier Ministre slovaque Robert Fico, le président Emmanuel Macron, le chancelier Christian Kern, le Premier Ministre tchèque Bohuslav Sobotka

JPEG JPEG
=> Vidéo de la Conférence de presse quadripartie lors du sommet de Salzbourg

Conférence de presse quadripartie

"Monsieur le Chancelier, cher Christian,
Je voulais vraiment vous remercier pour votre accueil aujourd’hui à Salzbourg, avant que nous puissions, tous les quatre, partager un concert et merci de m’avoir invité à cette rencontre que nous souhaitions l’un et l’autre dans ce format un peu inédit où les pays du Format dit de Slavkov et la France ont pu ainsi discuter. Je dois vous avouer que dans mon pays, Slavkov porte encore le nom d’Austerlitz. Je suis très heureux parce que je pense que le format que nous avons eu aujourd’hui est extrêmement pertinent.

Il est pertinent parce qu’il casse des frontières qui bloquent l’Europe. L’idée qu’il y aurait une opposition entre l’Est et l’Ouest. L’idée qu’il y aurait une opposition entre les pays qui sont dans la zone euro et hors de la zone euro. Et à ce titre, la discussion que nous avons eue tous les quatre a permis de montrer des vraies convergences, une vraie volonté d’avancer de concert et je dois vous dire que je souhaite pour ma part que ce format puisse être reconduit, cher Christian et chers amis, pour que nous puissions, peut-être en début d’année prochaine, dans l’un de vos pays où je me rendrai avec plaisir, nous retrouver à nouveau à quatre pour pouvoir avancer sur les différents sujets que nous avons abordés.

Nous avons des différences de situation, je les évoquais, par rapport à la zone euro ou, historiquement, par rapport à l’agenda social, mais je crois dans l’Europe des ambitions et dans l’Europe des bonnes volontés. C’est toujours comme ça que l’Europe a avancé. Nous sommes en train de construire des vrais compromis sur les sujets importants. Lorsque j’ai été élu au mois de mai dernier, j’ai indiqué combien il était important à mes yeux que nous puissions réformer la directive sur les travailleurs détachés parce que c’est une directive qui, je le disais tout à l’heure, trahit l’idée même d’une Europe intégrée et d’un marché unique en ce que son usage actuel consiste en quelque sorte à optimiser les dysfonctionnements sociaux de l’Union européenne et donc incite à faire circuler des travailleurs parce qu’ils sont à bas coût dans l’Union européenne et non pas à les faire circuler librement en fonction de leurs qualifications et de leurs souhaits.

Donc, il est absolument impérieux, si nous voulons que nos propres pays, nos classes moyennes continuent à adhérer à l’Union européenne, que les pays qui sont aujourd’hui à bas coût puissent faire leur transition, c’est-à-dire payer mieux leurs salariés, monter en termes de qualification, de qualité des biens qui sont produits dans leur pays ; il est indispensable qu’on retrouve ce qui est le sel même du projet européen, qui est un projet de convergence, qui est un projet d’harmonisation et non pas un projet où celui qui gagne est celui qui joue qui sur le dumping social ou sur le dumping fiscal.

Donc, à ce titre, je crois pouvoir dire qu’aujourd’hui, tous les quatre, nous avons acté une vraie volonté de trouver un compromis en octobre prochain et un vrai consensus sur les principes d’une révision de la directive travailleurs détachés et je veux remercier nos amis tchèque et slovaque pour qui il n’était pas forcément évident d’avoir fait tout ce travail. Je me souviens de notre discussion dans le cadre du groupe de Višegrad en juin dernier et je veux vraiment vous remercier pour cette bonne volonté mise en œuvre.

Le chancelier autrichien vient de rappeler les principaux points. Nous sommes d’accord sur ces points. Il nous reste à affiner les paramètres dans les semaines à venir pour trouver un compromis intelligent en octobre au niveau des ministres du Travail et pouvoir acter, sous la présidence estonienne, qui nous réunira, un véritable accord.

Le but, c’est quoi ? Réduire la durée par rapport à ce qui est aujourd’hui en vigueur. Lutter contre toutes les utilisations abusives et en particulier les sociétés boîtes aux lettres qui contournent l’esprit de la directive. C’est d’avoir aussi un principe de juste rémunération : à travail égal, rémunération égale, en prenant en compte tous les efforts faits dans les pays d’origine. Et c’est d’avoir un renforcement des contrôles au niveau européen. Mais ce que nous avons acté tous les quatre, c’est de renforcer le partenariat dans les contrôles et donc d’agir de concert en développant des actions bilatérales réciproques en termes de renforcement des contrôles pour lutter contre le travail détaché abusif.

Je considère pour ma part que nos discussions d’aujourd’hui marquent une véritable étape, une véritable avancée vers un compromis pour le mois d’octobre et je m’en réjouis parce que c’est un élément très important pour rendre plus crédible cette Europe qui protège dont nos concitoyens ont besoin.

Nous avons ensuite parlé des avancées en matière de coopération structurée permanente sur les sujets de défense et de sécurité et je me réjouis que, là aussi, à la fois nos ministres et nos délégations puissent, dans les prochaines semaines et les prochains mois, travailler sous ce format pour regarder ce qu’il est possible de faire en termes de capacité, de commandes et de concertation pour utiliser le fonds européen commun et cette coopération structurée et avancer de concert.

Troisième sujet, c’est celui des migrations et du contrôle de nos frontières communes où mes partenaires ici présents ont eu à vivre avec encore plus de brutalité que la France le choc migratoire il y a deux ans et nous devons avancer plus vite sur les capacités dont l’Europe doit se doter pour protéger ses frontières extérieures, définir des règles claires en matière d’asile, de protection des frontières, avec des moyens clairs. Nous connaissons là les sensibilités qui s’expriment mais notre souhait, c’est aussi que nous puissions, dans les prochaines semaines et les prochains mois, dans ce même format, acter des positions communes en fin d’année et surtout réussir à avancer plus concrètement dans les mois qui viennent au niveau européen.

Nous avons ensuite parlé de nos agendas économiques. Nous aurons dans un mois une réunion importante à Tallinn pour définir l’agenda numérique de l’Europe. Les quatre pays que nous représentons sont des pays dont l’histoire et dont la réalité économique sont encore une réalité industrielle forte et qui veulent réussir la transformation industrielle, en particulier celle du numérique. Ce qui suppose des transformations qui dépendent de chacun d’entre nous, mais également une politique européenne en matière fiscale, en matière industrielle, en matière numérique beaucoup plus volontariste et aussi une politique commerciale qui défende nos intérêts pour défendre nos intérêts stratégiques dans le jeu des nations et une politique commerciale conséquente par rapport à ces objectifs.

Enfin, nous avons évoqué les prochaines étapes parce qu’au-delà de cet agenda de court terme qui est déjà bien rempli et qui, à mes yeux, constitue ces priorités d’une Europe qui protège, qui nous permettra d’avoir des résultats concrets dans les prochaines semaines, je souhaite que d’ici la fin de l’année, nous puissions collectivement lancer une série d’initiatives pour une refondation européenne en profondeur qui permettra de redonner un cap, de la visibilité, une plus grande intégration à cette Europe, en tout cas aux pays qui veulent suivre ce chemin.
Pour ce qui est de la France et de l’Autriche, qui partagent la même monnaie, nous avons vraiment, je dois dire, une vraie convergence de vue pour les réformes qui sont à faire au sein de la zone euro, de convergence sociale, fiscale, environnementale et la capacité de se doter d’un budget commun et d’un Parlement de la zone euro, avec la volonté d’associer de manière active des pays qui ne sont pas dans la zone euro mais qui ont vocation à y entrer, avec une discussion ouverte, transparente que nous avons commencé à avoir sur chacun de ces sujets.

Nos discussions ont permis de montrer que la volonté partagée était celle d’une convergence sociale et fiscale, par exemple, tous les quatre, ce qui est pour moi un élément très important de cette plus grande intégration et ce qui permettra de partager aussi ce volontarisme, cette feuille de route pour une plus grande intégration européenne, avec des éléments de convergence qui sont à définir entre nous et sur lesquels nous avons à travailler dans les prochaines semaines et les prochains mois.
Donc, je veux vous dire combien je suis pour ma part satisfait des échanges d’aujourd’hui avec les avancées très concrètes sur le travail détaché, avec les avancées des prochaines semaines, des prochains mois sur les éléments de protection que j’évoquais et une première discussion à mes yeux très importante sur la feuille de route européenne et une refondation de l’Europe à préparer d’ici la fin de l’année sur laquelle je compte personnellement m’engager beaucoup et associer pleinement mes partenaires ici présents parce que l’Europe a besoin d’un temps de refondation pour recréer non seulement un momentum, mais une envie d’Europe, une volonté de faire avancer l’Europe.

Je souhaite que nous puissions nous retrouver sous ce format dans les prochains mois et décliner également ce format au niveau ministériel pour chacun des domaines concernés par nos discussions.

Merci encore, cher Christian, pour cette invitation ici, en Autriche"

=>Conférence de presse quadripartie lors du sommet de Salzbourg

JPEG

=> Vidéo de la déclaration du président français lors du sommet de Salzbourg

La déclaration du président français lors du sommet de Salzbourg

"Monsieur le Chancelier.
Mesdames, Messieurs,

Je veux d’abord remercier le Chancelier Christian KERN pour son invitation ici, aujourd’hui, à Salzbourg. Invitation qui m’a été faite il y a maintenant plusieurs semaines et qui, je dois le dire, procure une double joie.

La première, celle de pouvoir être ici ensemble, d’avoir pu commencer à échanger sur les sujets d’intérêt commun et nos perspectives communes que le chancelier vient ici de réexprimer. La deuxième, c’est d’être parmi vous à Salzbourg au moment du festival qui, pour qui aime la musique, est un prétexte unique. Et donc, merci pour cet accueil extrêmement amical et pour cette joie partagée d’être avec vous aujourd’hui ici durant le festival.

Nous aurons l’occasion de retrouver tout à l’heure nos homologues tchèque et slovaque, le chancelier vient de le rappeler, pour poursuivre cette discussion. Ce qui est important pour nous, c’est d’avoir un format de discussion qui permet, avec plusieurs de nos partenaires, d’échanger sur des situations communes et je poursuivrai pour ma part cette tournée européenne en me rendant ensuite en Roumanie et en Bulgarie. Et je souhaite ainsi aller à la rencontre de tous nos partenaires parce que je crois très profondément – et le chancelier KERN vient ici d’en tracer quelques-unes des lignes de force que nous partageons – que le moment de la refondation européenne est venu.

Notre discussion a permis d’échanger sur plusieurs points, des sujets d’intérêt commun dans la relation bilatérale. Le chancelier a rappelé l’importance de nos relations économiques. Je souhaite ici redire combien nos relations économiques, culturelles, linguistiques sont importantes et je souhaite que nous puissions encore davantage approfondir cette relation à la fois sur le plan industriel et économique en encourageant nos deux pays à aller plus loin. Notre souhait est qu’un Forum économique franco-autrichien puisse être mis en place afin de créer de nouvelles opportunités d’investissement et d’emploi dans nos deux pays et c’est à mes yeux l’un des points sur lesquels nous pourrons encore davantage encourager les investissements croisés et partager les compétences.

Je souhaite aussi que nous puissions développer les échanges scolaires et universitaires, en matière de formation professionnelle et encourager nos deux pays dans l’apprentissage de la langue de l’autre. A ce titre, dès cette rentrée scolaire en France, nous rouvrirons 1 200 classes bilangues. Nous atteindrons un record d’élèves français en collège qui apprendront la langue allemande et je crois que c’est un élément très important parce qu’il n’est d’Europe sans la capacité à mieux comprendre les cultures et les langues des uns et des autres.

La relation qui nous unit, je souhaite que nous puissions – et c’est notre objectif commun – la poursuivre sur le plan économique, sur le plan universitaire, sur le plan des échanges de savoir durant les prochains mois et les prochaines années.
Au-delà de ça, c’est de l’agenda européen commun dont nous avons parlé parce que je crois que sur beaucoup de sujets, nous partageons des vues communes et parce que l’Autriche prendra la présidence du Conseil de l’Union européenne dans moins d’un an, au 2nd semestre 2018, ce qui rend encore plus importantes ces discussions que nous avons sur une feuille de route commune.

Nous avons d’abord, je crois, un profond alignement de vues sur l’agenda présent de l’Europe, c’est-à-dire aller plus loin dans une Europe qui protège. J’ai, depuis le mois de mai dernier, beaucoup poussé cet agenda d’une Europe à la fois de la protection et de l’ambition. L’Europe qui protège, c’est celle qui permet de redonner du sens à une partie du projet européen parce que nos concitoyens ont accepté, ont voulu faire l’Europe pour se protéger des dérèglements de la mondialisation sous toutes ses formes et pour rendre l’Europe plus forte dans la mondialisation.

L’Europe qui protège, c’est une Europe qui sait régler le problème des travailleurs détachés. Le chancelier l’a rappelé, nous avons un alignement de vues absolument parfait sur ce sujet, nous partageons la même vision des choses : la directive travailleurs détachés telle qu’elle fonctionne est une trahison de l’esprit européen dans ses fondamentaux. Le marché unique européen et la libre circulation des travailleurs n’ont pas pour but de favoriser les pays qui font la promotion du moindre droit social et on le voit bien, c’est ce qui dans nos pays nourrit le populisme et érode la confiance dans le projet européen.

Donc, le projet de réforme de directive que nous portons, sur lequel nous allons continuer à discuter avec nos collègues tout à l’heure et que je continuerai à discuter demain et après-demain, c’est un projet qui vise à limiter le temps d’utilisation du travailleur détaché à un an, à renforcer les contrôles, à développer les coopérations en matière de contrôle sur le plan bilatéral, à avoir un principe simple qui est : à travail égal, rémunération égale, ce qui évite toutes ces distorsions et donc de permettre d’avoir une refonte en profondeur du système actuel. Sur ce sujet, la France et l’Autriche sont pleinement en ligne et j’ai bon espoir que nous puissions continuer à avancer sur ce point.

L’Europe qui protège, c’est celle aussi qui avance sur le sujet de la lutte contre le terrorisme, nous l’avons évoqué. Je crois que l’un et l’autre, nous nous sommes entretenus durant les derniers jours à plusieurs reprises avec le Premier ministre espagnol, Mariano RAJOY et je veux ici avoir un mot de solidarité à l’égard de nos compatriotes espagnols mais également de tous nos compatriotes européens qui ont été touchés et qui ont perdu des ressortissants. La France a eu, on le sait, plusieurs victimes grièvement blessées dans cet attentat. Plusieurs autres pays ont eu évidemment aussi des morts dans cet attentat qui est un attentat qui a touché l’Europe et qui montre la nécessité d’encore approfondir nos coopérations en matière de lutte contre le terrorisme.

Nous avons beaucoup progressé sur le plan des évolutions de réglementation en la matière. C’est maintenant un travail au quotidien opérationnel qu’il nous faut faire au plan européen de coopération entre les services, de travail conjoint et que nous allons poursuivre durant les prochaines semaines et les prochains mois et qui est aujourd’hui d’ailleurs à l’œuvre de manière très concrète entre la France et l’Espagne sur les suites des différentes attaques de Cambrils et Barcelone.

L’Europe qui protège, c’est aussi une Europe qui se protège mieux des migrations. L’Autriche a eu à connaître une vague migratoire extrêmement importante il y a maintenant deux ans, qu’elle a su justement affronter avec beaucoup de courage et je veux ici en particulier saluer le rôle du chancelier qui n’a jamais cédé à la démagogie face à ce défi parce que je sais combien il est facile, lorsque les défis migratoires se font jour, de céder à la démagogie, d’utiliser la peur de l’autre et de renvoyer en quelque sorte nos peuples à ce qui est le plus simple, c’est-à-dire la haine et la peur de l’autre. Vous n’avez pas cédé à cela et je veux ici vous en féliciter.

Mais nous avons trop peu progressé en termes d’évolution de l’organisation européenne pour faire face aux crises migratoires, à des règles de protection de nos frontières communes, à un droit d’asile commun et à une meilleure coopération des pays européens. En la matière, nous pouvons nous féliciter de nos coopérations bilatérales. Nous nous sommes d’ailleurs l’un et l’autre félicités de la qualité de la coopération que nous avons avec l’Italie en la matière, mais nous devons aujourd’hui aller plus loin et, je crois, redonner plus de force et de clarté aux textes européens en matière de droit d’asile, de politique migratoire qui sont aujourd’hui sur la table en ayant une position très forte, en réduisant l’agenda et peut-être en réorganisant un peu les choses pour aller plus clairement et plus fortement en la matière.

Nous avons également parlé de nos ambitions communes en matière de numérique et d’agenda du numérique que nous aurons à discuter à Talin à la fin du mois de septembre et enfin nous avons parlé des vues que nous avons en commun pour les initiatives européennes à venir, au-delà de cet agenda de protection et d’ambition que je viens d’évoquer, je suis convaincu pour ma part – et c’est l’engagement que j’ai pris dans la campagne française – que l’Europe a besoin d’un moment de refondation importante. C’est aussi ce que, dans cette tournée européenne, je veux préparer. J’étais frappé de voir combien, sur les sujets sociaux, sur l’harmonisation fiscale au sein de l’Europe, sur la nécessité d’une meilleure coordination, d’une plus grande capacité d’investir en commun, d’un budget commun de la zone euro avec un contrôle démocratique et un Parlement de la zone euro, sur le sujet de la vitalité démocratique de cette prochaine étape de la refondation européenne, il y avait entre nous une communauté de vue extrêmement forte.

Tout cela me conforte dans la nécessité d’aller vers une nouvelle initiative avant la fin de l’année pour refonder plus en profondeur l’Europe parce que c’est ce dont nous avons besoin. Je suis pour ma part, au-delà de la joie d’être avec mon ami Christian aujourd’hui, présent à Salzbourg, très satisfait de la discussion que nous venons d’avoir à la fois sur l’agenda bilatéral et l’agenda européen, sur les sujets de court terme, comme la révision de la directive détachés, comme sur les sujets de plus long terme qui sont au cœur de la refondation européenne dont nous avons besoin. Merci pour votre attention."

=> La déclaration du président français lors du sommet de Salzbourg

=> Programme la visite à Salzbourg, le 23 août 2017

Dernière modification : 28/08/2017

Haut de page