Galerie des héroïnes franco-autrichienne [de]

JPEGAlors que la France accueillera en juin 2021 le Forum génération égalité, grand rendez-vous international pour faire progresser le droit des femmes, l’ambassade de France à Vienne a décidé d’inaugurer l’année 2021 en publiant, chaque semaine et jusqu’à la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, des portraits croisés de femmes autrichiennes et françaises qui ont marqué leur temps depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au XXème siècle.
« Marquer son temps » quand on est une femme, « oubliée de l’histoire...sans jamais avoir été passive » comme le rappelle la grande historienne Michelle Perrot soucieuse de mettre fin « aux silences de l’histoire des femmes », c’est d’abord lutter pour que l’espace public reconnaisse des talents et des compétences qui ont déjà su s’imposer à travers la notoriété et c’est ensuite faire de cette célébrité de pionnières un facteur d’amélioration de la condition féminine et, au-delà, un indicateur progressiste d’évolution de la société.

C’est cette dynamique qui a guidé le choix de notre cohorte de pionnières. Toutes ne pouvaient y être, mais toutes y sont représentées à travers des portraits d’artistes et de créatrices, de femmes en politique et de militantes, d’aventurières et de scientifiques qui ont su mettre au service de la condition féminine et des droits en général le capital tiré de leur action et de leur célébrité. Certaines d’entre elles témoignent aussi des difficultés et des frustrations subies de leur vivant même, où elles semblaient d’abord victimes de leur temps. Mais leur présence dans notre « galerie des héroïnes franco-autrichienne » montre aussi qu’il est des victoires symboliques et posthumes qui sont durables et comptent pour la collectivité.

En France comme en Autriche, l’itinéraire de notoriété pour des femmes n’allait pas de soi. En choisissant de brosser ces portraits de femmes disparues, nous avons voulu montrer que la course pour les droits des femmes avait suivi dans ces deux pays un chemin ascendant, mais un itinéraire heurté et parfois pénible qui en fit aussi un parcours athlétique.
Cet héritage d’efforts accomplis et de droits conquis est au cœur de l’action que continuent à mener actuellement nos sociétés et qui prend tout son sens dans un contexte de solidarité mondiale et d’affirmation de droits internationaux. Ce que l’histoire montre c’est que cette action n’est pas née de
la génération spontanée et que d’autres combats doivent se poursuivre et se poursuivent : pour l’égalité entre filles et garçons, contre la violence et le harcèlement subis par les femmes, contre les stéréotypes de genre souvent assassins et pour une géopolitique des droits des femmes moins inégalitaire dans le monde.

La France et l’Autriche y contribuent de façon particulière, à travers les politiques publiques et l’action de leurs deux ministères dédiés au niveau national mais également au travers de leur diplomatie féministe, incarnée en France notamment par Delphine O, ambassadrice et Secrétaire Générale du Forum Génération Egalité (Pékin+25).

Je tiens à remercier et à féliciter le Groupe de travail de l’ambassade de France à Vienne et tout particulièrement les stagiaires Ines le Chatelier et Paul Kragen qui ont pensé et réalisé ce cycle illustrant l’engagement toujours plus vigoureux de notre pays et donc de notre poste dans ce combat
mené en lien étroit avec nos hôtes autrichiens.

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Gilles Pécout
Ambassadeur de France en Autriche

Olympe de Gouges et Ida Pfeiffer

Olympe de Gouges et Ida Pfeiffer n’ont certes pas joui de la même célébrité. L’action emblématique de la première s’est à la fois déployée dans la sphère politique et littéraire, alors que la seconde a eu un rôle plus circonscrit comme exploratrice et scientifique. Elles montrent cependant toutes deux que de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, la reconnaissance de l’identité littéraire, politique et scientifique est une aventure et une aventure risquée.
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Ida Pfeiffer (1797-1858) est une exploratrice et scientifique qui a tiré de ses expéditions des récits de voyage reconnus pour leur contenu scientifique et appréciés pour leurs qualités littéraires, dont la majorité a été traduite en français dès le milieu du XIXe siècle.

Née à Vienne, issue d’une famille très aisée d’industriels du textile, Ida Reyer épouse en 1820 Mark Anton Pfeiffer, un avocat plus âgé, avec qui elle a trois enfants. Ce n’est qu’après avoir élevé ses enfants et à 44 ans, qu’Ida Pfeiffer entreprend son premier voyage lointain : en Méditerranée orientale, sous la forme alors plus acceptable pour une femme seule du pèlerinage en Terre sainte. Entre mars et décembre 1842, malgré le peu de moyens, elle parcourt les rivages de l’Empire ottoman et de ses provinces arabes : de Constantinople à l’Egypte en passant par Jérusalem et la Palestine, le Liban et la Syrie. Son deuxième voyage la conduit en Islande et en Scandinavie en 1845. Mais c’est en réalisant ses deux tours du monde, l’un par le Cap Horn en 1846 et l’autre par le cap de Bonne-Espérance en 1851 qu’elle conquiert une durable notoriété confirmée par sa grande expédition dans l’Ocean indien, à Madagascar.
Par cette itinérance bien maitrisée et grâce aux publications qu’elle sait en tirer, Ida Pfeifer affirme sa place d’exploratrice et de scientifique à une époque où les grandes expéditions scientifiques sont strictement masculines à l’instar des plus célèbres d’entre elles qui l’inspirent, comme celles de Bory de Saint-Vincent. Ce statut singulier ne l’empêche pas d’être reconnue par la communauté scientifique internationale en devenant membre des sociétés de géographie de Paris et de Berlin. Provenant de son cabinet privé, de nombreux spécimens et objets peuplent les musées autrichiens et en tout premier lieu le Musée d’histoire naturelle de Vienne.
Trente ans après sa mort, l’Association viennoise de promotion de la culture pour les femmes fera graver une plaque en son honneur au Wiener Zentralfriedhof où elle repose.

Femme de lettres et publiciste célèbre, Olympe de Gouges (1748-1793) est considérée comme l’une des pionnières de la défense des droits de la femme illustrée par sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de septembre 1791.

Née en 1748 à Montauban, d’un père artisan boucher, Marie Gouze se retrouve en 1766, un an après son mariage, veuve de Louis Aubry dont elle a un fils. C’est alors que prenant le nom d’Olympe de Gouges elle part s’installer à Paris. Au début de la Révolution française, sa parabole de notoriété est successivement celle d’une demi-mondaine, d’une femme écrivain et auteur de romans et de pièces de théâtre et enfin celle d’une essayiste engagée en politique. C’est sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dont il ne faut pas oublier qu’elle est adressée... à la reine Marie-Antoinette, qui lui vaut sa réputation féministe. Le contexte y est alors favorable : un an après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, Condorcet vient de publier en 1790 son traité Sur l’admission des femmes au droit de Cité .
Ce que revendique Olympe de Gouges est l’égalité en droits des femmes et des hommes et donc la possibilité pour elles de jouir de leurs « droits naturels » confisqués par les hommes et de jouer un rôle pleinement adulte dans la Cité. Les conséquences en sont claires et diverses à la fois : liberté d’opinion et liberté sexuelle pour les femmes -reconnaissance du divorce notamment-, de même que participation à la vie politique par le suffrage universel pour parachever la Révolution politique. Son féminisme théorique et sa crainte des masses révolutionnaires la conduisent à épouser des positions politiques modérées, hostiles à Robespierre et à Marat jusqu’à défendre le roi Louis XVI « comme homme sinon comme roi ». Elle est guillotinée sous la Terreur en novembre 1793 à cause de ses convictions girondines et « fédéralistes ». A une époque marquée par l’engagement radical nouveau des femmes des classes modestes comme actrices politiques collectives -des Vendéennes aux Tricoteuses- Olympe de Gouges illustre le poids d’un féminisme des droits, plus modéré politiquement mais avec un ample et durable écho social et culturel.

Hubertine Auclert et Marianne Hainisch

Hubertine Auclert et Marianne Hainisch étaient deux militantes unies dans la lutte pour les droits de la femme et l’égalité entre les hommes et les femmes dans leur pays respectif. Leurs idéaux reflètent les combats de leur époque, la lutte pour le droit de vote et l’accès à l’éducation pour les filles.
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Hubertine Auclert (1848 – 1914) est une féministe militante fondatrice du mouvement pour le droit de vote des femmes en France, aussi désigné par extension du nom de « suffragettes » en référence au mouvement né au Royaume-Uni à la fin du XIXe siècle.

Née dans l’Allier dans une famille bourgeoise, Hubertine Auclert perd son père alors qu’elle est encore jeune : d’abord mise au couvent par sa mère -d’où elle tirera un solide anticléricalisme- elle dispose à sa majorité d’un héritage assez important pour être indépendante sans nécessité de travailler ou de se marier. A vingt-quatre ans, installée à Paris, elle appartient à la principale organisation libérale-démocrate de défense des droits des femmes « L’Avenir des femmes », dirigée par le journaliste Léon Richer et la riche femme de lettres Maria Deraismes. H. Auclert quitte Richer et son association en 1876 pour fonder avec un petit groupe de militants sa propre organisation, « Le Droit des femmes », défendant « l’accession des femmes, mariées ou non, à la plénitude des droits civils et politiques, dans les mêmes conditions juridiques que les hommes ». En 1879, H. Auclert participe au troisième congrès ouvrier de Marseille qui unifie le mouvement socialiste et persuade les congressistes d’inscrire le suffrage féminin à leur programme.
Au cours des années 1880, Hubertine Auclert poursuit énergiquement sa campagne pour le suffrage des femmes en lui associant la « révolte des contribuables » : des femmes sans droits électoraux n’ont pas à payer d’impôts ! Elle fonde l’hebdomadaire« La Citoyenne » dès que la loi sur la presse de 1881 autorise les femmes à publier des journaux, avant de s’établir quelques années dans la colonie algérienne. Dès ses débuts, Hubertine Auclert a lutté pour l’accession des femmes, mariées ou non, à la plénitude des droits civils et politiques, pour le rétablissement du divorce, l’éducation des femmes, ainsi que pour l’égalité salariale.

Marianne Hainisch (1839-1936), a été une pionnière du mouvement féminin autrichien, ardente promotrice du droit à l’éducation des femmes et militante des droits électoraux.

Née dans une famille d’industriels de la région de Vienne, Marianne Perger épouse Michael Hainisch manufacturier textile ruiné dans les années 1860. Marianne Hainisch gardera de cette époque de difficultés matérielles où elle tente elle-même de travailler la conviction qu’une femme doit pouvoir faire des études secondaires et universitaires, et acquérir des diplômes.
Très active à partir de 1888 au sein de l’association qui milite pour donner aux femmes un accès plus large à l’éducation (Verein für erweiterte Frauenbildung), elle fonde en 1892 la "Bund österreichischer Frauenvereine" (Fédération des associations féminines autrichiennes), qu’elle a présidée jusqu’en 1918.Après la mort de Bertha von Suttner (1914), elle a également pris, en tant que pacifiste convaincue, la direction de la commission de paix de la Fédération. M.Hainisch réussit à intégrer la Fédération au Conseil international des femmes (CIF) et sera présente en tant que représentante autrichienne aux conférences internationales des femmes du CIF à Berlin et à Toronto. En 1912, elle devient présidente du "Lycée de filles pour l’éducation supérieure des femmes", fonde le « Comité du suffrage des femmes » de Vienne pour militerpour le droit de vote des femmes etse consacre au travail social et au mouvement pour la paix après la Première Guerre mondiale,. En 1927, elle est l’une des fondatrices du magazine de la Ligue« Die Österreicherin ». Sous sa direction, le Parti des femmes autrichiennes a été fondé en 1929. Si son nom de famille vous est familier, c’est probablement également parce que Marianne Hainisch est la mère du président fédéral Michael Hainisch. C’est également de M.Hainisch qu’est venue l’initiative de l’introduction de la fête des mères en Autriche, célébrée depuis 1924. Marianne Hainisch qui représente un féminisme des droits, libéral et modéré politiquement, est l’une des premières à avoir inscrit l’éducation secondaire et supérieure des filles au cœur des revendications d’émancipation des femmes.

Irène Joliot-Curie et Gabriele Possanner von Ehrental

Irène Joliot-Curie et Gabriele Possanner von Ehrental ont toutes deux fait connaître leur nom en s’imposant dans des domaines jusque-là principalement masculins : la chimie et la médecine. Ces deux universitaires font ainsi, chacune à leur manière avancer la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes, que ce soit dans l’éducation ou dans la vie professionnelle.
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Irène Joliot-Curie (1897-1956), née à Paris le 12 septembre 1897, fille de Pierre et Marie Curie, elleépouse Frédéric Joliot en 1926. Après avoir commencé ses études à la faculté des sciences de Paris, elle a servi comme infirmière radiographe pendant la Première guerre mondiale. Elle devient docteure en sciences en 1925, après avoir préparé une thèse sur les rayons alpha du polonium. Seule ou en collaboration avec son mari, elle a réalisé d’importants travaux sur la radioactivité naturelle et artificielle, la transmutation des éléments et la physique nucléaire ; elle a partagé avec lui le prix Nobel de chimie de 1935, en reconnaissance de leur synthèse de nouveaux éléments radioactifs, dont les travaux ont été résumés dans leur article commun intitulé Production artificielle d’éléments radioactifs. Preuve chimique de la transmutation des éléments (1934). En 1938, ses recherches sur l’action des neutrons sur les éléments lourds, ont constitué une étape importante dans la découverte de la fission de l’uranium. Nommée maître de conférences en 1932, elle devient professeur à la faculté des sciences de Paris en 1937, puis directrice de l’Institut du radium en 1946. Commissaire à l’énergie atomique pendant six ans, Irène a participé à sa création et à la construction de la première pile atomique française (1948). Elle s’intéressait vivement à la promotion sociale et intellectuelle des femmes ; elle était membre du Comité national de l’Union des femmes françaises et du Conseil mondial de la paix. En 1936, Irène Joliot-Curie est nommée sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique. Elle est membre de plusieurs académies étrangères et de nombreuses sociétés scientifiques, docteur honoris causa de plusieurs universités et officier de la Légion d’honneur. Elle est décédée à Paris en 1956.

Née en 1860 à Buda en Hongrie, Gabriele Possanner von Ehrental est réputée pour être la première femme médecin autrichienne. Fille de fonctionnaire, Gabriele vécut dans de nombreux endroits étant jeune, avant de s’installer à Vienne en 1880. Elle obtient son diplôme à l’Ecole Normale de Vienne et commence à travailler en tant qu’institutrice. Elle déménage par la suite à Zurich afin d’étudier la médecine, et obtient son doctorat en 1893, au cours duquel elle écrit une thèse dans le domaine de l’ophtalmologie ayant pour sujet : « Über die Lebensdauer nach dem Auftreten von Retinitis albuminurica ». Le choix de ce sujet peut en partie s’expliquer par le fait que Gabriele travailla comme assistante dans une clinique ophtalmologique durant ses études. Après son retour à Vienne, ses efforts pour exercer dans le domaine de la médecine, exclusivement réservé aux hommes à cette époque, sont soutenus par le « Verein für erweiterte Frauenbildung ». Elle repasse ses examens à l’Université de Vienne afin que ses diplômes soient reconnus en Autriche, commence à travailler comme médecin bénévole et devient la première femme à recevoir un doctorat de l’Université de Vienne. Gabriele Possanner von Ehrental ouvre son cabinet le 10 mai 1897 et devient quelques années après la première femme à être admise comme membre du corps médical de Vienne en 1904 – en tant que membre suppléant cependant. Durant la première guerre mondiale, Gabriele est employée dans le service hospitalier. Décédée le 14 mars 1940 à Vienne, celle qui fut la première femme à obtenir en 1928 le titre de « Medizinalrat » [conseiller médical] a eu une influence notable sur la reconnaissance des femmes dans le milieu universitaire et médical. Pionnière en la matière, Gabriele Possanner von Ehrental a donné des impulsions essentielles pour le rôle croissant des femmes à l’université de Vienne et pour l’éducation des femmes en général.

Camille Claudel et Alma Mahler-Werfel

Manifestant toutes deux un intérêt prononcé pour l’art dès leur jeune âge, Camille Claudel et Alma Mahler-Werfel ont su s’affirmer dans des domaines à l’époque majoritairement réservés aux hommes, respectivement la sculpture et la composition. Inspirées dans leurs arts par les hommes qui ont marqué leurs vies, les deux femmes étaient également des muses pour ces derniers, et, malgré des fins de vies différentes, ont eu une influence notable sur les scènes artistiques parisiennes et viennoises.
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Née en 1864 à Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne, Camille Claudel grandit entourée de sa sœur, Louise, et de son frère, Paul, homme de lettres et diplomate célèbre. Dès son plus jeune âge, elle manifeste un intérêt prononcé pour la sculpture et fait ses premiers pas artistiques dans les années 1870 auprès du peintre et sculpteur Alfred Boucher. Si son père lui montre son soutien dès le début, Claudel devra composer toute toute sa vie avec une forte opposition de sa mère, avec qui elle entretenait une relation exécrable.
En 1882, la famille déménage à Paris où Claudel ouvre son premier atelier, dans lequel elle est rejointe par d’autres sculptrices. La même année, elle rencontre le célèbre sculpteur Auguste Rodin, de 24 ans son aîné et avec qui elle entretient une relation passionnée durant une dizaine d’années, bien que celui-ci soit lié depuis près de 20 ans à une autre femme. Cette relation est une fantastique source d’inspiration pour l’artiste et c’est durant cette période qu’elle va connaître le succès. Son style est caractérisé par une grande liberté des corps, qu’elle représente souvent dénudés et passionnés. Claudel se fait ainsi un nom en représentant des sujets jusqu’ici réservés aux hommes.
L’année 1892 marque un tournant dans sa vie : elle se sépare de Rodin qui décide de rester avec sa compagne. 7 ans plus tard, elle réalise une de ses œuvres majeures : L’Âge mûr est une sculpture imposante dans laquelle on peut lire le déchirement de sa séparation avec Rodin. D’un côté la jeunesse implorante et de l’autre, la vieillesse qui lui tourne le dos. La sculptrice essaye ensuite de se détacher de l’influence de Rodin dans son travail mais ne rencontre pas autant de succès qu’à l’époque. Elle ne reçoit pas non plus de commandes d’Etat, malgré la reconnaissance de son talent. Peu à peu, l’artiste sombre dans la paranoïa et la solitude et accuse Rodin d’être à l’origine de son malheur. Elle finit sa vie tragiquement, après 30 ans d’internement , où elle meurt seule et dans l’oubli en 1943. Ce n’est que 40 ans plus tard que son nom refait surface avec la sortie d’un livre, puis d’un film. Femme talentueuse au destin hors du commun, Camille Claudel a marqué l’histoire de l’art français grâce à son style très personnel et original.

Fille de la chanteuse et actrice Anna Sofie et du peintre paysagiste Emil Jakob Schindler, Alma Mahler-Werfel, née Alma Maria Schindler le 31 août 1879, a grandi dans un environnement artistique. A défaut d’avoir reçu une instruction systématique à l’école, Alma développe très tôt un talent artistique, notamment musical. Elle apprend le piano, entre autres auprès de la pianiste et professeure de musique Adele Radnitzky-Mandlick, mais son véritable intérêt est la composition.
La maison de ses parents est fréquentée par de nombreux intellectuels et artistes, tels que Max Eugen Burckhard, Berta Zuckerkandl ou Gustav Klimt, qui influencent sa compréhension de la musique, de l’art et de la littérature. C’est dans ce contexte qu’Alma Schindler rencontre Gustav Mahler, qui était à l’époque le directeur de l’opéra de la cour et avec qui elle se marie en mars 1902.
Ce n’est que vers 1910 que Gustav Mahler, déjà en mauvaise santé, rend hommage aux compositions de sa femme, l’encourage à composer et l’aide à les faire publier. La même année, quatre des Lieder d’Alma Mahler furent jouées à la Bösendorfersaal , et peu après, la partition de ses « Fünf Lieder » furent publiées. L’une de ses Lieder a également été interprétée à New York et a suscité de vifs applaudissements.
Après la mort de Gustav Mahler, Alma Mahler partage sa vie avec plusieurs hommes, tant sur le plan professionnel que personnel, dont le peintre Oskar Kokoschka et l’architecte Walter Gropius. En 1915, elle met en musique le poème "Der Erkennende" de Franz Werfel, avec qui elle s’installe au début des années 1920.
En raison de l’ascendance juive de Franz Werfel, le couple Mahler-Werfel émigre en France en 1938, puis à New York en 1940 après l’invasion de Paris par les troupes allemandes. Quelques années après la mort de Werfel, Alma Mahler-Werfel décide d’administrer le patrimoine musical de Gustav Mahler et le patrimoine littéraire de Franz Werfel. Elle publie son autobiographie "And the Bridge is Love" en 1958 dans laquelle elle se dépeint elle-même comme une muse pour les intellectuels de son époque. Décédée à New York en décembre 1964, la dépouille d’Alma Mahler-Werfel est transportée à Vienne où elle est enterrée le 8 février 1965.

Simone de Beauvoir et Adelheid Popp

L’autrichienne Adelheid Popp et la française Simone de Beauvoir, toutes deux écrivaines, ont marqué, à des degrés et dans des domaines différents, l’histoire de la lutte pour les droits de femmes. Si leurs destins et leurs combats ne sont pas comparables, elles n’en restent pas moins, par leurs écrits et leur engagement, deux pionnières.
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Simone de Beauvoir (1908 – 1986)
Simone de Beauvoir est née à Paris en 1908 dans une famille bourgeoise et catholique. Adolescente, elle devient athée, s’émancipant intellectuellement d’avec sa famille et décide de devenir écrivaine. Elle étudie les mathématiques, les lettres et la philosophie. C’est à la faculté des lettres de l’université de Paris qu’elle rencontre Jean-Paul Sartre avec qui elle noue une relation légendaire. Après avoir obtenu l’agrégation de philosophie en 1929, Simone de Beauvoir devient professeure.
Avec notamment Sartre, elle fonde la revue Les temps modernes qui a pour but de faire connaître l’existentialisme à travers la littérature contemporaine. L’autonomie financière qu’elle acquiert avec le succès de plusieurs de ses romans et essais lui permet de se consacrer totalement à son métier d’écrivain. Elle remporte en 1954 le Prix Goncourt pour son ouvrage Les Mandarins.
Engagée, elle a fait de sa vie et de ses écrits un exemple d’émancipation féminine. Dans son essai Le Deuxième sexe, qui reste dans des considérations existentialistes, elle prône la libération et l’émancipation de la femme dans la société. Malgré de violentes critiques, l’ouvrage publié en 1949 rencontre un succès immédiat. Vendu à plusieurs millions d’exemplaires, traduit dans de nombreuses langues, il reste aujourd’hui une référence majeure de la philosophie féministe. Dans les années 70, Simone de Beauvoir s’engage dans le mouvement de libération des femmes et milite, au côté de Gisèle Halimi, en faveur du droit à l’avortement, en rédigeant notamment le Manifeste des 343 et cofondant le mouvement Choisir.
Simone de Beauvoir s’est éteinte à Paris en 1986.

Adelheid Popp (1869-1939)
Née près de Vienne en 1869, de parents originaires de Bohème, Adelheid Popp grandit dans un milieu défavorisé. Son père, tyrannique et alcoolique, décède lorsqu’elle est âgée de 6 ans, elle grandit donc avec sa mère, ouvrière, et ses frères.
Elle est contrainte de quitter l’école à l’âge de 10 ans pour travailler, d’abord comme employée de maison, puis comme ouvrière. Elle se rend avec ses frères dans des réunions d’ouvriers et s’initie au socialisme et à la lutte ouvrière. Elle sera une des premières à attirer l’attention sur les conditions de vie des ouvrières lors d’une de ces réunions.
Popp se passionne pour les écrits socialistes, qu’elle lit après ses journées de travail harassantes. Son engagement prend de plus en plus d’ampleur lorsqu’elle organise une grève des ouvrières et fini en prison plusieurs fois pour ses thèses radicales en faveur de l’épanouissement des femmes dans la sphère publique, autant que privée.
La jeune militante devient co-fondatrice et rédactrice de l’Arbeiterinnen-Zeitung autrichien (Journal des Ouvrières) et produit beaucoup d’écrits sur les conditions de travail des femmes dans les usines. Ses publications trouvent un écho favorable dans les cercles socialistes, dont elle et son mari Julius étaient proches de par la relation amicale qu’entretenait le couple avec le fondateur du parti social-démocrate autrichien, Victor Adler et son épouse, l’écrivaine Emma Adler.
En 1918, Adelheid Popp devient la première femme fonctionnaire du parti socialiste. Elle sera députée au conseil municipal de Vienne, puis au Conseil National autrichien jusqu’en 1934. Elle sera également présidente de l’Internationale socialiste des femmes. Profondément engagée pour la cause des femmes dans les milieux défavorisés, Adelheid Popp a dédié sa vie à ce combat pionnier pour l’époque en faisant porter la voix des ouvrières dans l’espace public.
Elle s’est éteinte en 1939, des suites d’une maladie.

Simone Veil et Johanna Dohnal

La française Simone Veil et l’autrichienne Johanna Dohnal ont chacune marqué la vie politique de leur pays respectifs. Toutes deux pionnières dans leurs combats politiques, elles ont marqué leur époque en faisant progresser un certain nombre d’aspects des droits des femmes.
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Simone Veil (1927 – 2017)
Née à Nice dans une famille juive le 13 juillet 1927, Simone Veil et ses deux sœurs sont les seules survivantes de leur famille après avoir été arrêtées puis transférées à Auschwitz en 1944.
De retour en France à la fin de la guerre, elle entame des études de droit à l’Institut d’études politiques et se marie, à l’âge de 19 ans, avec Antoine Veil avec qui elle aura trois fils. Elle obtient, en 1956, le concours de la magistrature et prend en charge les affaires judiciaires comme haut fonctionnaire de l’administration pénitentiaire. En 1970, Simone Veil devient la première femme à être nommée au poste de secrétaire général du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Entre 1974 et 1979, elle occupe le poste de ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard-d’Estaing, période au cours de laquelle Simone Veil se bat pour la légalisation de l’avortement, votée en 1974. Ce combat, qui lui a valu de nombreuses menaces et intimidations de la part de ses opposants, fut un moment majeur de sa carrière et a marqué un tournant important pour le droit des femmes en France.
En 1979, élue au suffrage universel direct, elle devient la première femme présidente du Parlement européen, fonction qu’elle exercera jusqu’en 1982. Elle reste députée européenne jusqu’en 1993 avant d’être nommée Ministre d’État des Affaires sociales dans le gouvernement d’Édouard Balladur (1993-1995) et de terminer sa carrière au Conseil constitutionnel (1998-2007).
Simone Veil est Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007. En 2008, elle est élue à l’Académie française. Simone Veil décède le 30 juin 2017 et est entre en 2018 au Panthéon.

Johanna Dohnal (1939 – 2010)
Johanna Dohnal, née à Vienne en 1939, grandit auprès de sa grand-mère dans le contexte difficile du national-socialisme et de l’après-guerre. Ses ressources ne lui permettant pas d’accéder à des études supérieures, elle suit une formation professionnelle et devient employée dans l’industrie.
Johanna Dohnal s’engage dans le parti social-démocrate autrichien (SPÖ) dès 1957. A la même époque, elle épouse Franz Dohnal avec qui elle aura deux enfants. Le couple divorcera une vingtaine d’années plus tard.
De conseillère du 14ème arrondissement de Vienne à conseillère municipale de la ville de Vienne, elle gravit progressivement les échelons au sein du parti social-démocrate et affirme son engagement en faveur des droits des femmes. En 1979, elle devient secrétaire d’État chargée de la condition féminine auprès de la chancellerie fédérale, où elle mettra en place un programme de promotion des femmes dans la fonction publique fédérale. L’année 1990 marque un tournant dans l’histoire de l’Autriche puisque Dohnal devient la première ministre fédérale pour les Droits des Femmes. Elle est à l’initiative de plusieurs lois qui ont fait avancer les droits de femmes autrichiennes, telles que l’abolition de la tutelle officielle pour les mères non mariées, l’interdiction légale du harcèlement sexuel ou encore la parité dans les ministères et les universités.
Johanna Dohnal met fin à sa carrière politique dans les années 1990 alors que le conservatisme gagne du terrain en Autriche. Elle consacre alors son temps dans la vie d’ONG, d’associations pour les droits des femmes ou de syndicats. Elle signe avec sa compagne de longue date un pacte de concubinage officiel pour les couples de même sexe, juste après son entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Elle s’éteint en février de la même année.

Agnès Varda et Christine Nöstlinger

Evoluant toutes deux dans des domaines artistiques, Agnès Varda et Chrstine Nöstlinger ont utilisé leur art – respectivement le cinéma et la littérature – pour diffuser leurs opinions engagées en avance sur leur temps. Les deux femmes sont aujourd’hui reconnues internationalement à la fois pour leurs œuvres mais aussi pour leurs engagements.
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Agnès Varda (1928 – 2019)
Née à Ixelles en Belgique d’un père grec et d’une mère française en 1928, Agnès Varda grandit entourée de ses 4 frères et sœurs. En 1940 la famille fuit la guerre en Belgique pour se réfugier à Sète dans le sud de la France, où la jeune fille passera la plus grande partie de son adolescence. A 18 ans, avide d’indépendance et de liberté, elle fugue pendant 3 mois et racontera plus tard avoir rejoint la Corse pendant son escapade. Elle étudie la photographie à Paris et obtient un emploi en tant que photographe au festival d’Avignon à partir de 1948. En 1954, Varda réalise son premier long-métrage intitulé La Pointe Courte qui rencontre un franc-succès auprès de la critique et qui s’impose comme une œuvre majeure du nouveau cinéma français de l’époque. Dans les années 1960, avec les œuvres Cléo de 5 à 7 ou encore Les Créatures, la réalisatrice devient une des figures de proue du cinéma de la « Rive Gauche ». Elle fut mariée avec le cinéaste français Jacques Demy, autre figure du cinéma alternatif de l’époque, avec qui elle a eu un enfant. Demy a également adopté la fille que Varda avait eue d’une précédente union. Le couple vit à deux reprises à Los Angeles, où Varda s’inspire du mouvement Hippie dans ses œuvres. Elle consacre également plusieurs documentaires au mouvement de libération afro-américain Black Panthers. Les réalisations de la cinéaste se réclament d’un féminisme engagé, Varda ayant notamment lutté avec véhémence pour la légalisation du droit à l’avortement dans les années 1970. Ses œuvres intimes, novatrices et décalées lui ont valu de nombreuses récompenses dont un César d’honneur en 2001 ou encore un Oscar d’honneur en 2017. Icône emblématique du cinéma français, Agnès Varda est une des rares réalisatrices à avoir marqué le paysage cinématographique mondial.

Christine Nöstlinger (1936 – 2018)
Née à Vienne en 1936, Christine Nöstlinger a grandi dans la capitale autrichienne marquée par la guerre et l’après-guerre. Après des études d’art à l’Académie des Arts appliqués, elle commence à travailler en tant que rédactrice pour différents médias, quotidiens, hebdomadaires, et également la chaine de télévision publique ORF. En 1961, Christine Nöstlinger se marie avec le journaliste Ernst Nöstlinger, avec qui elle aura deux filles. C’est à ce moment qu’elle commence à écrire des livres pour enfants. Son premier ouvrage, Die feuerrote Friederike – qu’elle illustre elle-même – est publié en 1970. Les ouvrages qui suivront à un rythme frénétique seront de plus en plus inspirés par la situation politique, notamment les mouvements antiautoritaires de la fin des années 1960. Elle révolutionne la littérature jeunesse en abordant par exemple la thématique de l’émancipation ou la réforme du droit de la famille, cassant avec humour les tabous sociaux de son époque. Traduits en plus de 30 langues, ses livres pour enfants rencontrent un franc succès et valent à Christine Nöstlinger de remporter plusieurs prix internationaux, comme le prix de littérature jeunesse allemand pour son œuvre Wir pfeifen auf den Gurkenkönig en 1973 ou le Prix de reconnaissance autrichien pour la littérature jeunesse pour l’intégralité de ses œuvres en 1989. Elle reçoit également la médaille de l’Ordre du Mérite par l’Etat autrichien en 2011. Christine Nöstlinger décède en 2018, laissant derrière elle plus de 150 ouvrages qu’elle a pour la plupart adapté elle-même au cinéma, au théâtre et à la radio.

Suzanne Noël et Hedy Lamarr

Si Suzanne Noël et Hedy Lamarr sont deux femmes aux parcours bien différents, leurs destins sont liés par leurs contributions à la science, dans leur domaine respectif. Leurs apports sont d’autant plus marquants que les deux inventrices ont été pionnières à une époque où les femmes étaient écartées des sciences. Avec d’un côté une chirurgienne et militante féministe et de l’autre une actrice et inventrice, ces deux femmes ont des parcours aux multiples facettes et font vaciller les stéréotypes sexistes.
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Suzanne Noël (1878-1954)
Suzanne Noël est née à Laon en 1878 au sein d’une famille aisée. En 1897, elle se marie avec le docteur Henri Pertat et débute des études de médecine dès 1905. Etudiante brillante et rare femme à étudier dans ce domaine, Noël se spécialise au début de sa carrière dans la chirurgie maxillo-faciale. Avant même qu’elle ne puisse soutenir sa thèse, la Première Guerre mondiale éclate et ses services sont requis à Paris où elle exerce à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Dans ce contexte, elle étend son expertise à la chirurgie réparatrice et correctrice et joue un rôle important dans les opérations des « gueules cassées ». Les années suivant la guerre sont tragiques pour la jeune chirurgienne : après le décès de son premier mari durant la guerre, Suzanne se remarie avec le docteur André Noël, mais leur fille unique meurt des suites de la grippe espagnole à un très jeune âge. 2 ans plus tard, c’est son mari qui se suicide. Ce destin brisé pousse Noël à se consacrer entièrement à sa carrière. Ainsi, durant les années 1920 elle va grandement faire avancer le domaine de la chirurgie esthétique et invente alors plusieurs techniques d’opérations. En parallèle de sa carrière exemplaire dans la médecine, Suzanne Noël s’engage pour les droits des femmes. C’est ainsi qu’elle organise une manifestation en 1923 pour appeler les femmes à arrêter de payer leurs impôts pour protester contre le gouvernement qui ne leur accorde pas autant de droits qu’aux hommes. Elle sera également la fondatrice d’un grand nombre d’antennes de l’association féministe américaine Soroptimist en Europe. Cette association plaide pour les droits des femmes et réuni des professionnelles de tous horizons.
Durant la Seconde Guerre mondiale, la chirurgienne s’engage dans son travail en modifiant le visage de résistants et de juifs pour les aider à échapper au nazisme. Elle opère par la suite les visages de déportés à leur retour des camps de concentration. Pionnière de la chirurgie esthétique et inventrice de renom, Suzanne Noël a marqué l’histoire de la science et a été récompensée à ce titre de la Légion d’Honneur en 1928. Elle s’est éteint en 1954.

Hedy Lamarr (1914-2000)
Hedy Lamarr est née à Vienne en 1914 de parents juifs. Elle évolue dès son plus jeune âge dans le milieu intellectuel bourgeois de Vienne et son enfance est marquée par la pratique de l’équitation et de la musique ou encore par les visites à l’opéra. Elle se rêve déjà actrice dès son plus jeune âge et débute sa carrière à l’âge de 16 ans. Ce n’est que 3 ans plus tard qu’elle rencontre le succès grâce au film Extase, réalisé par le tchécoslovaque Gustav Machatý. Ce film se fait en effet remarquer par les scènes de nudité sulfureuses qu’interprète Lamarr. Extase lance donc la carrière de la jeune femme mais la lie à une réputation provocatrice dont l’actrice ne se débarrassera jamais réellement. La jeune Hedy évolue en parallèle dans les milieux juifs bourgeois de Vienne et fait la rencontre d’un grand nombre de figures marquantes de la scène artistique de l’époque. Dès 1933, elle fuit le nazisme et voyage quelques temps en Europe avant de se rendre aux Etats-Unis, où elle retrouve beaucoup de ses camarades viennois. Marquée par une carrière cinématographique en dents de scie, elle devient une des figures de la société de production MGM, malgré les réticences de son directeur, qui la perçoit comme trop vulgaire. Les personnages exotiques et mystérieux qu’elle interprète, ainsi que sa réputation de diva et ses déboires amoureux étalés dans les médias, lui donne une image durable de « femme fatale ». Si Lamarr s’illustre dans le cinéma, elle est également une grande inventrice et a grandement contribué au développement des technologies de communication de l’époque. En effet, alors qu’elle est mariée à l’industriel de l’armement Friedrich Mandl au début des années 1930, elle scrute de près son travail et s’intéresse au fonctionnement des armes. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, elle souhaite apporter son aide aux Alliés et c’est ainsi, qu’à seulement 27 ans, elle signe le brevet d’une technologie permettant de coder les communications. Cette technologie révolutionnaire, d’abord ignorée par l’armée car considérée comme irréalisable à première vue, deviendra un apport majeur dans le développement des technologies de communication dans les années 1970 et posera les bases des WiFi, GPS et Bluetooth modernes. Toute sa vie, Lamarr ne cessera de contribuer à la science en parallèle de sa carrière d’actrice et est à l’origine d’un grand nombre d’inventions. L’inventrice meurt en 2000 après des années d’isolement.

Lucie Aubrac et Lotte Brainin

Lucie Aubrac et Lotte Brainin furent deux ferventes combattantes dans la lutte contre le fascisme. Ces deux femmes aux parcours exceptionnels se sont fermement opposées au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale et ont continué durant le reste de leur vie à enseigner et à lutter contre l’oppression.
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Lucie Aubrac (1912 – 2007)
Née en 1912 à Paris, Lucie Bernard est dans les années 1930 une étudiante en lettres et en histoire activement engagée dans la lutte contre le fascisme. En parallèle de ses études, elle milite notamment auprès des Jeunesses communistes. Ayant obtenu son agrégation d’histoire-géographie en 1938, elle part enseigner à Strasbourg où elle rencontre Raymond Samuel, ingénieur des Ponts et Chaussées, avec qui elle se marie en 1939.
Le couple s’engage dès le début de la Seconde Guerre mondiale dans la résistance. Suite à l’arrestation de Raymond par l’armée allemande, Lucie organise l’évasion de son mari. Tous deux se réfugient alors à Lyon où ils rencontrent plusieurs résistants comme Jean Cavaillès, Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Georges Zérapha. Sous divers pseudonymes dont celui d’Aubrac, Lucie et Raymond s’engagent activement aux côtés de l’organisation La dernière colonne en participant à différentes activités de sabotage, de distribution de tracts ou encore de recrutement. Membre du groupe Libération-sud, Lucie contribue également à la parution du premier numéro du journal Libération. En 1942, suite au franchissement par les Allemands de la ligne de démarcation au Sud, Raymond est à nouveau fait deux fois prisonnier. A chaque fois, Lucie parvient au profit de supercheries à le faire libérer ainsi que plusieurs de ses compagnons.
Après ces derniers événements, Lucie, enceinte, son mari et leur premier enfant partent se réfugier clandestinement à Londres en 1944 juste avant la Libération. Dès juillet 1944, Lucie participe à la mise en place des Comités de libération dans les zones libérées. Elle poursuit dans les décennies qui suivent son engagement militant, notamment aux côtés de la Ligue des Droits de l’Homme, tout en reprenant son activité d’enseignante. De nombreux hommages lui furent accordés pour l’ensemble de ses accomplissements, notamment la Médaille de la Résistante et les titres de Grand officier de la Légion d’honneur et Grand-Croix de l’ordre national du Mérite. Après son décès, en mars 2007, elle reçut les honneurs nationaux aux Invalides.

Lotte Brainin (1920-2020)
Née en 1920 à Vienne dans une famille de réfugiés de Galice, Charlotte Sontag s’engage tôt dans l’organisation de jeunesse socialiste Les faucons rouges. A 14 ans, elle fait partie de la Ligue de la Jeunesse communiste d’Autriche. L’année suivante elle est emprisonnée durant trois semaines à cause de son engagement politique. Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, Lotte, juive et politiquement active auprès des communistes, se trouve particulièrement menacée. Elle fuit alors en Belgique en passant par Cologne et Aix-La-Chapelle où elle rejoint rapidement le réseau de résistants Front de libération autrichien (ÖFF). Elle participe notamment à ce que l’on nomme « le travail de fille » qui consiste à discuter avec des soldats allemands afin de les convaincre de la folie d’Hitler.
Arrêtée en 1943, Lotte est torturée par la Gestapo. De la fenêtre de sa cellule, elle raconte alors avoir vu sa mère pour la dernière fois dans la cour de la prison. Elle est ensuite envoyée à Auschwitz-Birkenau où elle découvre l’horreur des camps. Elle participe activement à la résistance interne au sein du groupe Union Kommando et tente de faire sauter l’un des fours crématoires. Au début de l’année 1945, elle participe à une marche de la mort puis est envoyée au camp de concentration de Ravensbrück, d’où elle réussit à s’échapper à la fin du mois d’avril.
Lotte rejoint Vienne à la fin de la guerre après avoir perdu ses parents et bon nombre d’amis. Elle rencontre à Vienne son mari Hugo Brainin, qui a fui en Grande-Bretagne durant la guerre et avec qui elle a deux filles. Profondément marquée par son expérience des camps, elle témoigne en janvier 1947 au procès de Ravensbrück et prend part à différentes associations comme l’Association fédérale des résistants autrichiens et des victimes du fascisme ou encore le groupe Ravensbrückerinnen. Lotte a fêté son centième anniversaire le 12 novembre 2020. A cette occasion, une cérémonie et une exposition virtuelle acclamée par le président autrichien Alexander Van der Bellen ont été organisées. Lotte Brainin est décédée peu de temps après, le 16 décembre 2020.

Conclusion

Pour conclure cette "galerie franco-autrichienne des héroïnes" et à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, l’Ambassade de France en Autriche présente une capsule vidéo franco-autrichienne de femmes contemporaines, engagées dans des domaines d’activité similaires, relevant notamment des coalitions d’action mises en place dans le cadre du Forum Génération Égalité, qui se tiendra en juin 2021 à Paris.

L’égalité entre les femmes et les hommes ne pourra être atteinte que grâce à la mobilisation de tous les acteurs, à l’échelle nationale comme internationale. C’est dans ce cadre que des champions de tous les continents se mobilisent actuellement au travers de six coalitions d’action, rassemblant États, organisations internationales, société civile, secteur privé et fondations, avec pour objectif l’atteinte de progrès structurels dans les domaines de :
- la lutte contre les violences faites aux femmes,
- les droits et santé sexuels et reproductifs et le droit à disposer de son corps,
- la justice et les droits économiques,
- l’action féministe pour la justice climatique,
- l’innovation et la technologie au service de l’égalité entre les femmes et les hommes, et
- les mouvements et leadership féministes.

Le Forum Génération Égalité constitue une opportunité de mobiliser les opinions publiques face à la poussée des conservatismes et la remise en cause persistante des droits des femmes par un nombre croissant d’États, tout en célébrant le chemin parcouru depuis la conférence de Pékin de 1995.

C’est ce chemin vers la génération égalité qu’évoquent les six femmes interrogées dans cette capsule vidéo. Elles nous expliquent en quoi elles font partie de la génération égalité et nous livrent leur moment clé, passé ou à venir, dans la lutte pour les droits des femmes.

Rachel Khan a d’abord été athlète de haut niveau avant de devenir juriste puis actrice et autrice. Elle est co-directrice de « La Place », centre culturel Hip Hop de la ville de Paris.
La Française Nathalie Rouanet vit depuis 1990 en Autriche où elle est traductrice indépendante, autrice et slameuse sous le pseudonyme Ann Air.
Anne-cécile Ortemann est Général de brigade dans l’armée française où elle occupe la fonction de déléguée adjointe à l’information et à la communication de la défense.
Le lieutenant-colonel Karoline Resch a été le premier officier féminin à intégrer l’école de guerre autrichienne (Landesverteidigungsakademie).
Sylvie Bruguière est une spécialiste du secteur agroalimentaire et est Directrice Générale Andros Austria & Central Europe.
Martina Koberg a fait toute sa carrière au sein de l’Oréal Autriche, actuellement à la tête des ressources humaines et de la coordination des marchés.

Dernière modification : 08/03/2021

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