10.12.2010:Les objectifs de la Présidence française du G20

Soutenir un système monétaire international plus stable et plus résistant est un objectif que le G20 s’est assigné à Séoul. Cela passe par la coordination des politiques de change. Un second objectif sera de remédier à la déstabilisante volatilité du prix des matières premières, un troisième, la réforme de la gouvernance mondiale. « En plus de mettre en œuvre les décisions arrêtées lors des précédents sommets, le G20 doit avoir l’ambition de réaliser de grands chantiers en panne », précise Jean-David Levitte, conseiller diplomatique du président de la République.

La France a pris la présidence du G20 pour un an à la fin du sommet de Séoul qui s’est tenu les 11 et 12 novembre 2010, succédant ainsi à la Corée du Sud.

Le 17 novembre, Jean-David Levitte, conseiller diplomatique et sherpa du président de la République, a exposé les grandes lignes de la Présidence française devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

De Washington à Séoul, en l’espace de cinq sommets, la communauté internationale a obtenu des résultats qui auraient été impensables voilà seulement deux ans, a rappelé M. Levitte.

« Il faut saluer la capacité du G20 et de l’ensemble des pays du monde à résister à la vague protectionniste, à la différence du « chacun pour soi » qui avait prévalu dans les années 1930.
Même si le cycle de Doha n’est pas achevé, l’OMC suit au jour le jour le respect des règles du jeu », a déclaré le conseiller du Président français.

« Nous avons tout d’abord sauvé le système financier mondial, qui était au bord de l’effondrement lors de la chute de Lehman Brothers. Nous ne sommes pas passés loin d’une catastrophe absolue, mais aujourd’hui, malgré certaines difficultés comme celles que rencontre actuellement l’Irlande, il n’est plus question d’un tel effondrement, même s’il reste beaucoup de travail à faire. »

« Le sommet de Séoul a obtenu un résultat majeur : la plus importante réforme du Fonds monétaire international depuis sa création », a encore rappelé M. Levitte.

Face au blocage sur la question de la limitation des excédents et des déficits qui ont opposé en particulier la Chine et l’Allemagne aux les Etats-Unis, la France a demandé au FMI de préparer des critères et des paramètres d’évaluation permettant de savoir qui fait quoi, pourquoi et comment en matière commerciale.

Les étapes nouvelles de la régulation financière dans le cadre de la négociation de l’accord de Bâle III fixant les règles prudentielles pour les banques ont été balisées à Séoul.

La Présidence française du G20 s’attachera à cinq priorités.

Coordination des politiques de change


« La première (priorité) est la coordination des politiques de change, mais il nous faut définir l’enceinte dans laquelle il convient d’en parler. Cette question était jusqu’à présent évoquée dans le cadre du G7 « finances », mais il n’y a désormais plus de sens à le faire sans la Chine », a précisé le conseiller du Président français.

La protection contre les flux erratiques de capitaux, dont sont victimes certains pays émergents comme le Mexique et l’Argentine, la Corée ou l’Indonésie, est un autre enjeu important. Un mécanisme d’assurance, qui éviterait aux pays émergents de devoir accumuler des réserves importantes pour faire face aux chocs, pourrait être envisagé au niveau du FMI ou bien des groupes régionaux.

La question de la diversification des monnaies de réserve est une autre piste. Depuis la fin du système de Bretton-Woods, fondé sur le dollar, nous vivons dans un non-système monétaire, où les monnaies évoluent les unes par rapport aux autres - avec des exceptions comme celle du lien entre le yuan et le dollar. Lorsque la crise a éclaté, il a semblé opportun d’émettre 250 milliards de droits de tirage spéciaux supplémentaires. Ne faut-il par revisiter cette mesure prise dans l’urgence ? Les DTS du FMI auront-ils un rôle accru ? Le yuan ne devrait-il pas entrer dans ce système ?

Remédier à la volatilité des prix des matières premières


La seconde priorité de la présidence française est de remédier à l’excessive volatilité des prix des matières premières, notamment agricoles et énergétiques. « Nous avons vu le baril de pétrole passer de 40 à 140 dollars, avant de redescendre à 70 dollars, pour atteindre aujourd’hui 80 dollars. La situation est encore pire pour les matières premières. L’été dernier, la sécheresse en Russie a provoqué une hausse de 65 % du prix du blé, alors qu’aucune crise ne se faisait sentir : les stocks existaient », a rappelé Jean-David Levitte.

Par ailleurs, les marchés soufrent du manque de transparence. On ne connait souvent pas ou pas assez rapidement où en sont au niveau mondial les stocks de blé, de riz, de maïs, de soja ou de pétrole.

La France propose également de mettre en place des outils assuranciels au bénéfice des pays importateurs. Haïti ou le Sénégal ont connu il y a deux ans des émeutes de la faim lorsque les prix ont flambé. Or les commerçants stockaient dans l’attente de nouvelles hausses, ce qui aggravait encore le phénomène, et les Etats manquaient des fonds nécessaires pour acheter au prix du marché. Un système d’assurance régi par la Banque mondiale pourrait permettre aux pays les plus pauvres de faire face à de telles situations.

Une réunion des ministres de l’agriculture est prévue.

Réforme de la gouvernance mondiale


La Présidence française s’efforcera de faire avancer l’amélioration de la gouvernance mondiale. Se posent aussi les questions de l’articulation entre le G20 et l’Assemblée générale de l’ONU et de l’opportunité d’instituer un secrétariat permanent du G20 à cet effet.

Poursuivre le travail des sommets précédents et s’engager pour le développement


En dehors des trois priorités évoquées, la Présidence française poursuivra le travail engagé lors des cinq précédents sommets.

A Séoul, les membres du G20 ont décidé de s’engager pour le développement autour de deux pistes : le financement des infrastructures et la sécurité alimentaire.
La France soutient par ailleurs l’initiative sur les financements innovants, dont l’apport massif est indispensable pour compléter l’aide publique au développement.
La lutte contre la corruption constitue un autre volet du programme.

Dimension sociale de la mondialisation


Enfin, la dimension sociale de la mondialisation sera prise en compte durant la présidence française du G20 avec une réunion des ministres de l’emploi et du travail.

Dernière modification : 01/02/2011

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